Baroque pragois à Malá Strana

L’abondance des édifices historiques d’époques diverses et le charme désuet qui en émane font de Prague l’une des villes les plus belles et les plus pittoresques du vieux continent. Le potentiel artistique indéniable reste pourtant assez méconnu et souvent sous-estimé par les historiens de l’Art. Prague est, en effet, l’une des rares villes d’Europe à pouvoir s’enorgueillir d’avoir été une capitale du gothique, de la renaissance et du baroque à la fois. J’aime tellement à faire découvrir cette ville. L’éclectisme du XIXème siècle et les différentes avant-gardes y sont bien représentés tant au niveau architecture qu’au niveau art public. Aujourd’hui c’est aussi une métropole de l’art contemporain. Je vous proposons une balade sur la rive droite de la Moldau ou Vltava, (le nom tchèque) dans les quartiers de Malá Strana (Petit Côté) et celui de Hradčany ( le Château)  afin de découvrir cinq joyaux du baroque religieux. L’exubérance de l’art à l’époque de la contre réforme en Royaume de Bohème, en fait un lieu de prédilection pour tout amateur de ce style; n’oublions pas que c’est à Prague, au XVIIème siècle, qu’ a éclaté, la guerre de trente ans qui enflammé l’Europe entière. Traversez alors avec moi le célèbre Pont-Charles pour une balade baroque sur l’autre rive.

Compagnie des voyageurs: Prague
Vue de l’église de Saint-Nicolas où l’on admire les toiles de Škréta depuis la galerie sud.

Église de Saint-Nicolas de Prague (Chrám Svatého Mikuláše)

C’est sans doute l’une des églises les plus visitées de Prague, mais nous ne pouvons faire l’impasse sur ce chef-d’œuvre de l’art baroque. L’église jésuite de Sain Nicolas de Prague dont la construction a duré 80 ans, à partir de 1673, est l’un des plus bel exemple du baroque jamais édifié sur le continent. Il s’agît d’un mariage parfait entre la culture germanique et la culture latine, car plusieurs architectes d’origine allemande et italienne se sont succédé pour l’élaboration des plans de cette merveille. Consacré à Saint Nicolas de Bari, l’intérieur tout en convexes et concaves, éblouit, par la richesse des ornements et la monumentalité du statuaire. Les fresques et les tableaux sont d’une qualité exceptionnelle et offrent l’opportunité de découvrir le travail d’artistes de grands talents comme František Xaver Palko, Ignác Raab et surtout Karel Škréta – le Rembrandt tchèque – à ce dernier est consacré une exposition intitulée “du cycle de la Passion” (dans la Galerie Sud, accès inclus dans le billet d’entrée de l’église à moins de 3 €). A noter également l’orgue monumental de plus de 4000 tuyaux qui séduisit Mozart, le génie vécut à Prague à la fin de sa vie.

+ La vue imprenable sur la vieille ville de Prague, de l’autre côté du fleuve depuis la tour de l’église (accès cette fois non inclus dans le billet d’entrée).

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Saisissante église Saint-Thomas de Malá Strana, l’un des plus bel exemple du baroque lumineux.

Église de Saint-Thomas (Kostel Svatého Tomáše)

L’église de Saint-Thomas-L’apôtre a d’abord été édifiée en 1593 dans le style “renaissance” tardif, puis au XVIIIème a été remaniée le goût baroque. La façade ondulée de l’église des augustins cache, en son intérieur, une exceptionnelle profusion d’autels typiques du baroque de l’Europe centrale. Bien moins imposante que le Saint-Nicolas tout proche, elle n’est toutefois, pas plus pauvre en œuvres d’art. Les colonnes soutenant les trois nefs de l’église servent d’ appuis aux autels sculpté, recouverts de dorures. Des figures à la peau noire, représentées en nombre la rendent particulière. Maniériste à la cour de Rodolphe II: Bartolomeüs Spranger, Rubens (en copies, car originaux conservés à la Galerie Nationale Tchèque), Antonin Stevens avec ses compositions exaltées ainsi que František Xaver Palko et bien sûr Karel Škréta sont bien représenté avec les peintures des autels sous la voûte recouverte des fresques de Václav Vavřinec Reiner. Dans cette église on peut également admirer une chaire de style rococo, les reliques de Saint Boniface et l’imposant tombeau de Saint Juste à la masque d’or (de 1734). Cet édifice peut se visiter en semaine vers midi.

Le plus : le calme de l’église située à l’écart des itinéraires touristiques classiques.

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Belle coupole qui surmonte l’architecture rondelette de cette église méconnue.

Église de Saint Joseph (Kostel Svatého Jozefa)

L’imposante façade ocre de cette église construite entre 1686-1692 à l’aspect très ornée cache en son intérieur une architecture originale. Son dessin du à Abraham de Paris et à Johann Ross s’inspire de celui de Santa Maria della Scala à Rome. L’église appartenait aux Carmélites jusqu’en 1782 date à laquelle elles furent remplacées par l’ordre des Vierges Anglaises. La décoration est assez sobre en comparaison des églises précédentes mais son plan ovale avec un dôme oculaire offre toute cette tension typiquement baroque. On ressent une sensation de vertige lorsqu’on lève les yeux vers la lanterne qui surmonte la coupole digne des meilleurs réalisations de Borromini à Rome. Des cinq autels présents dans cette église, trois sont surmontés de compositions picturales de Petr Brandl, l’un des maîtres les plus estimés, du baroque, dans le pays tchèque. Les sculptures de l’autel principal sont d’un suiveur du Bernin: sculpteur allemand Mathias Wenzel Jäckel, également auteur des œuvres sculptées de la façade.

Le plus :  Très peu visité, cet édifice est propice au repos, à la méditation, au calme.

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L’idole vénéré d’origine ibérique appelée l’Enfant Jésus de Prague, change d’habit au cour de l’année.

Église de Sainte Marie de la Victoire (Kostel Svaté Panny Marie Vítězné )

C’est dans l’ancienne église luthérienne du début du XVIIème siècle, œuvre de Giovanni Maria Filippi, assez discrètement nichée entre deux palais, qu’on trouve l’une des plus touchantes image de toute chrétienté, le célèbre L’Enfant Jésus de Prague. Après la donation de l’église au très catholiques Carmes Déchaux en 1624 l’imagerie maritale fût implantée dans cette architecture à nef unique si sobre. En 1641 arrive la fameuse statuette haute de 47 cm faite en bois et recouverte de cire. L’Enfant Jésus de Prague est pourtant originaire d’Espagne où il avait été sculpté par un moine au XVIème siècle. Selon la légende, la statue qui aurait appartenu à Sainte Thérèse d’Avila, est arrivée à Prague dans les bagages d’une dame de compagnie de l’impératrice Marie d’Autriche. Cette effigie d’enfant d’environ 4-5 ans posséderait des pouvoirs miraculeux et surnaturels. On raconte qu’en 1639 la statuette aurait préservée Prague du siège par les Suèdes. Vêtue d’ habits somptueux changeant au fil de l’année liturgique, elle est vénérée par les croyants du monde entier. Un petit musée fait partie de l’église.

+++ La beauté du mobilier de cette église à une seule nef est tout à fait exquise de même que ses œuvres d’art.

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La Chaire décorée dans le goût de l’époque à l’église de la Nativité dans le complexe baroque de Loretta.

Lorette de Prague (Loreta)

La Lorette de Prague appelée ici tout simplement Loreta est l’un des plus fascinants complexes religieux de Prague (avec le Clementinum sur l’autre rive). C’est un des plus grands aussi. On y trouve deux églises : celle de la Nativité et celle de Sainte-Marie-des-Anges, le couvent des capucins et,  entouré de galeries couvertes (ambitus), le chef-d’œuvre de l’architecture proto-baroque: la chapelle de Lorette. C’est la comtesse de Lobkowitz qui est à l’origine de la construction de cette folie recouverte des sculptures exquises et qui commanda cette copie de la maison de la Vierge à Lorette à l’italien Giovanni Orsi de 1631. Loreta est une merveille. On y admire des fresques de Reiner ou des sculptures de Brüderle ainsi qu’une époustouflante collection de précieuses reliques et d’objets de grande valeur. Appelé communément “ Le Trésor de Lorette” elle s’enorgueillit notamment de l’incroyable Soleil de Prague sertis de 6222 diamants. Les chapelles de l’ambitus sont remarquablement bien décorées. La Chapelle de la Sainte Famille avec sa profusion de sculptures ou encore celle de La Vierge des Sept Douleurs sont à ne pas manquer. On y trouve l’image une femme barbue crucifiée – il s’agît de Sainte Wilgeforte ou Sainte Débarras dont le culte était jadis très répandu dans les pays Scandinaves (entrée 6€).

+++ Le bruit de clochettes retentit sur la place devant la Lorette depuis la tour d’horloge, chaque heure.