Jérusalem: Sur la piste chrétienne

Que l’on se considère chrétien ou non, croyant, agnostique ou athée lors d’une visite de Jérusalem, on ne peut pas passer outre, la visite d’églises dont regorge la vieille ville. Certes, il y a de grands édifices qui s’imposent par leur architecture, comme les phares d’un dogme déterminé. Mais, et c’est là l’intérêt, souvent il ne faut pas hésiter à pousser les portes, au fond d’anciennes cours, pour les y découvrir, timides et pourtant omniprésentes. Mis à part leur statut qui attire les pèlerins de tous horizons, les églises regorgent d’originalité tant au niveau de la décoration qu’au niveau artistique transmettant au visiteur davantage que les histoires liées aux croyances religieuses. Sous les dépôts de cire ternie au fil des siècles, on y apprend que les légendes et les faits historiques s’égalent dans ce monde rempli de symbolisme sacré. Indiscutablement beaux, les temples des diverses églises chrétiennes semblent posséder un aura très particulier. Celui-ci, sublimé par les rituels les plus originaux a un effet sur tout curieux qui s’aventure dans ces demeures du Seigneur. Même dépourvues de toute dimension spirituelle ou mystique, ces églises auront à offrir un aperçu original de l’histoire de la religion et de sa pratique. Il va de soit que les différents rituels liturgiques y sont toujours très vivants. Sujets au syndrome de Jérusalem ou pas, venez vous plonger dans le monde paisible (ou pas !) des églises de cette magnifique ville, trois fois sainte.

Les peintures de toute inspiration décorent la grotte où, dit-on, la sépulture de Vierge Marie avait été posée.
Des peintures de toute inspiration décorent la grotte où, dit-on, la sépulture de la Vierge Marie a été déposée

Tombeau de la Vierge Marie aux pieds du Mont des Oliviers.

Dans la Vallée du Cédron, une église orthodoxe souterraine a été construite au dessus du tombeau de la Vierge Marie, à l’époque constantinienne. L’emplacement de l’endroit précis de la gisante aurait été rapporté aux Byzantins par Saint Jean-l’Apôtre en personne au milieux du IIe siècle. Deux instances religieuses s’occupent depuis la fin du XVIIIe siècle du sanctuaire en hypogée : l’église orthodoxe grecque et l’église arménienne. Avant cela, l’église primitive a été remaniée par les croisés pour être détruite, en guise de représailles par Saladin, puis donnée aux franciscains à l’époque de la renaissance. Le sarcophage de la Vierge Marie entouré des autels et des icônes n’est en réalité pas creux : il ne peut donc pas avoir accueilli de corps. Sa symbolique est cependant si forte, que même les destructeurs musulmans n’y ont point touché et qu’en sus ils accordèrent le droit de venir y prier. Le culte de Mariyam, comme on appelle Marie ici, est présent chez les musulmans de Jérusalem et un Minbar est toujours installé dans l’édifice. Du plafond, les lampes éternelles éclairent faiblement cette curieuse grotte remplie de l’odeur d’encens. Heureux ceux qui ont la chance d’y entendre une prière chantée au petit matin, comme il est d’habitude dans les églises orientales.

+++ Dépaysement assuré dans cette grotte parfumée à l’encens.

Datant du début du XXe siècle l'imposante église de l'abbaye de la Dormition est décorée dans le goût néo-byzantin.
Datant du début du XXe siècle l’imposante église de l’abbaye de la Dormition est décorée dans le goût néo-byzantin en vogue à cette époque, chez les monastiques.

L’église de Dormition sur le Mont Sion

L’ordre des Bénédictins occupe l’abbaye de la Dormition et s’occupe de son église depuis 1910, date d’installation de la branche allemande de l’ordre, sur le Mont Sion, à l’extérieur de la vielle ville. On dit, que c’est ici, à proximité du cénacle des Croisés et du tombeau du Roi David, que la Dormition de la Vierge Marie et son élévation aux cieux auraient eu lieu, depuis, ce qu’on appelle, le sommet de l’Assomption. Une première basilique y avait été construite à l’époque byzantine, mais au fil des siècles, elle tomba en ruine. L’empereur allemand, Guillaume II, acquit alors, les environs et y installa une communauté bénédictine. Désormais, l’église a sa place sur la carte des lieux de pèlerinage en Terre Sainte.  Par le plan qui s’inspire des églises primitives de la Rome orientale, l’architecture des lieux impose par sa taille et domine le sud de la ville. La décoration intérieure, d’inspiration byzantine plus classique ou plus moderne selon l’auteur des mosaïques, sublime les quelques chapelles-absides. Dans le sous-sol, posé au milieu d’une colonnade trapue, le cénotaphe de la Vierge Marie marque l’endroit où la Dormition eut lieu, selon les doctrines chrétiennes occidentales.

+ Basilique est moderne mais son atmosphère très sereine.

Magnifiquement décorée la cathédrale de Sain- Jacques est un joyeux de l'architecture chrétienne orientale. Celle-si en fait un lieu incontournable.
Magnifiquement décorée, la cathédrale Saint-Jacques est un joyau de l’architecture chrétienne orientale ce qui en fait un lieu incontournable.

Cathédrale Saint-Jacques des Arméniens

Très richement décoré, l’intérieur de cette église éblouit le visiteur, par sa beauté.  Ma préférée: la cathédrale de l’église orthodoxe arménienne est très discrètement logée dans une cour du quartier arménien qui constitue l’une des quatre parties de la vieille ville (les autres étant les quartiers juif, chrétien et musulman). Cette église est consacrée à deux saints du nom de Jacques : le premier étant l’apôtre Saint-Jacques le Majeur le second: l’un des quatre frères de Jésus Christ. Si vous n’avez jamais entendu parler de ce frère du Messie, Jacques le Juste ou Jacques Mineur, il faut savoir qu’il était le premier patriarche de Jérusalem. Son tombeau se trouve sous l’autel principal de ce temple (fête le 5 janvier). Orientale des fondations jusqu’au toit, l’église abrite, en son intérieur, 130 peintures – toiles et fresques. La cathédrale est illuminée par deux mille lampes éternelles en argent surmontées de boules en verre et d’œufs d’autruches ( une mesure  d’empêcher les souris boire l’huile qui alimente leur feu). Le carrelage bleu, si typique de la culture ottomane, a été ajouté au XVIIIe siècle après l’occupation de l’église par les Turcs. Tous les jours, à 15 heures, il est possible d’écouter la chorale des jeunes hommes qui célèbrent les vêpres. La liturgie a , elle, lieu à 18h30.

+++ L’émotion est forte à la sortie de ce véritable rêve oriental.

Merveilleuses, les petites chapelles des églises africaines touchent par leur tailles modestes et par leur décoration disparate.
Merveilleuses, les petites chapelles des églises africaines touchent par leur taille modeste et par leur décoration disparate.

Les églises africaines ne sont pas les grandes oubliées de la machine chrétienne hiérosolymitaine, comme l’on aime le dire. La grande et belle cathédrale rotonde de l’église éthiopienne est située à l’extérieur de la vielle ville à proximité du quartier russe et le magnifique Deir-es-Sultan, quartier général de cette église est adjacent au Saint-Sépulcre et donc un lieu tout à fait important. Reléguée sur les toits de l’édifice principal de la chrétienté du fait de de son arrivée tardive dans la querelle sur la division du Tombeau de Jésus, il n’est pas facile à trouver. Mais une fois on y est, la surprise est grande. Organisé comme un petit labyrinthe, la succession des chapelles fait le bonheur du voyageur. On y pénètre par une petite porte sur le toit du temple et l’on ressort sur l’esplanade devant la porte principale du sanctuaire. La décoration de ces petites chapelles peut sembler un peu désordonnée mais montre, dans certains cas, une imagerie très originale héritée des temps anciens. Vêtus de longues tuniques bleues et blanches, les prêtres et les potentats de cette congrégation discutent et méditent dans tous les recoins de ce quartier général des Africains à Jérusalem.

++ J’apprécie à chaque visite cette expérience si singulière.

Le sanctuaire le plus important de l'église a forme d'une petite chapelle. Cet édicule trône sous la magnifique voûte de la rotonde.
Ce sanctuaire, le plus important de l’église, a la forme d’une petite chapelle votive. Cet édicule trône sous la magnifique voûte de la rotonde en plein milieu de l’église.

L’église du Saint-Sépulcre

Je ne peux pas manquer de parler de la visite du Saint-Sépulcre, l’église la plus vénérée de toute la chrétienté car elle fût désignée comme l’endroit de la crucifixion, de la mort et de la résurrection de Jésus Christ. Il y a tant à dire à propos de son histoire et de son architecture hallucinante. Rien que l’édicule en milieu de la grande rotonde qui abrite la sépulture est déjà un sujet en lui même. Mais il vaut mieux voir une fois que d’entendre cent fois. Pour se rendre compte de sa taille, il faut savoir que la coupole a la même taille que celle du Dôme du Rocher, aussi surprenant que cela peut paraître. Sa fonction est de recouvrir un morceau de roche identifié par la Sainte-Hélène au IVe siècle comme la mythique Golgotha ou le Calvaire, lieu des dernières supplices du Messie. Les chapelles superposées en font un véritable labyrinthe. Chaque morceau de l’édifice appartient à une église différente, son aspect ne peut pas être plus disparate. Une grande harmonie se dégage néanmoins de son architecture originale. Les chapelles de la crucifixion, celle de Saint-Hélène ou celle d’Adam ne sont que trois des nombreuses chapelles logées à l’intérieur de cette splendide église. Les graffiti laissés par les fidèles au long des siècles, la pierre du lavement, aux propriétés (sois disant) guérissantes ou encore l’omphalos (le nombril du monde) ne sont que quelques témoins du pouvoir que peuvent exercer les histoires et les croyances sur les âmes dans l’espérance.

++ La foule peut être très dense dans cette église, mais c’est une expérience  à vivre.

MICHAL