Kerala: Sur la Côte Malabar.

Aux premières lueurs du jour, les clochettes se mettent à sonner, dans un temple voisin. C’est le petit matin à peine sorti de la nuit et déjà parfumé à l’encens. Les travailleurs se précipitent de saluer leur divinité protectrice nichée dans un petit autel recouvert de fleurs. Nous sommes à Ernakulam, ville jumelle de la mythique Kochi ou Cochin, comme on l’appelait jadis, posés sur le continent, face à la mer. Et nous voilà dans l’Inde des légendes : lente et paisible; l’Inde qui, dans la torpeur des midis trop chauds, s’active tôt le matin et tard dans la soirée. C’est un monde différent de celui des états du Nord du pays. Nous sommes venus chercher au Kerala cette Inde au karma ‘pur’, comme disent les hindous. Pourtant, ce petit état indien, à peine plus grand que la Bourgogne, a toujours été ouvert sur l’Étranger. Le “pays des Dieux” – devise choisie par l’autorité du tourisme pour attirer les visiteurs, porte bien son nom. Dans ce petit paradis vert, toutes les régions semblent s’épanouir dans la paix ou tout du moins dans la tolérance sous leurs aspects les plus originaux.  Gouverné par un parti communiste, le Kerala semble comme un grand gagnant de la fédération : les fléaux endémiques comme la pauvreté, l’illettrisme et la malnutrition affichent des taux incroyablement faibles comparé à ceux des états plus grands et plus riches de l’Union des états indiens. Depuis quelque temps, le pays s’est tourné vers l’écologie. Ainsi, l’aéroport international de Kochi a été le premier au monde à être en totalité électriquement autosuffisant via les panneaux solaires, une prouesse malgré sa taille modeste. Presque 24 % de la couverture forestière du pays est protégée, et de nouvelles aires de protégées voient le jour régulièrement, notamment dans les plaines où se trouvent de nombreux  lacs et canaux; ceux-là même qui servirent jadis de routes aux fins d’acheminer les précieuses épices (poivre, cannelle et surtout cardamone) jusqu’aux ports de la mer d’Arabie où attendaient les navires portugais, néerlandais et même français.

Amateurs de faune et flore uniques, de paysages divers et de multiples cultures toutes très accueillantes, rendez-vous à Kerala !

distance de Paris: 164 km pour la capitale Trivandrum / durée du voyage : 12 nuits et 500 km parcourus budget: 1200 € p.p tout inclus (vols+hôtels+transport+nourriture, même les souvenirs!) sur base de 2 pers.
Distance de Paris: 8164 km pour la capitale Tiruvanantapuram / durée du voyage : 13 nuits et 500 km parcourus;
budget: 1200 € p.p tout inclus (vols+hôtels+transport+nourriture et les souvenirs) sur base de 2 pers.

Depuis l’avion, à l’approche de l’aéroport, à l’instant où nous avons aperçu, sorti des nuages, le plus haut sommet des montagnes Nilgiri, nous avons su que le voyage serait magnifique. Afin de nous remettre un peu du voyage et de s’immerger dans l histoire, nous avons séjourné à Kochi, où pendant les siècles les navires occidentaux se sont approvisionnés pour ramener sur leur bord les épices si prisées sur le marché européen. L’île de Kochi, désormais reliée au continent par un pont, est surtout connue, pour son Fort Cochin, l’un des plus anciens comptoirs de l’Inde. Les Portugais, les Hollandais et bien-sûr les Anglais s’y succédèrent, chacun menant une politique de colonisation différente. Les marchands Hollandais, soutenus par la population locale dans la lute contre les Portugais conquérants, y laissèrent quelques édifices civils ainsi que le beau palais construit pour le souverain local. Les vielles églises quant à elles, sont les  œuvres de leur rivaux. Le plus vieil édifice européen sur le sous-continent, l’église Saint-François ou Saint Francis Church témoigne de l’envie des portugais de laisser leur trace en Inde. Dans la petite église est inhumé depuis 1524, l’explorateur Vasco de Gamma, le cénotaphe y est toujours visible. Les catholiques portugais n’étaient, cependant, pas les premiers chrétiens à bâtir les églises en Inde. Les diverses formes du christianisme, notamment les églises d’orient, s’y sont installées dès la naissance de la doctrine. Arrivées dans les pas de l’apôtre Thomas, qui échoua en Inde après son départ de la Judée, les églises d’orient trouvèrent en ce pays, une terre d’accueil heureuse. Saint Thomas, lui, avait suivi les anciennes routes commerçantes qui profitèrent aux peuples de l’Europe et du Moyen-Orient, notamment aux juifs. À Kochi, un petit quartier juif (Jew Town) abrite une ancienne synagogue et une communauté juive vit en Inde depuis deux mille ans. Les descendants des premiers hébreux, mêlés à la population locale, ont étés connus sous le nom de “juifs noirs” pour les distinguer des vagues successives de l’immigration juive. Bien évidement, vue les premières synagogues et églises, les vents d’Arabie emmenèrent plus tard,  de manière naturelle, aussi l’islam. On peut deviner que la plus ancienne mosquée du pays vient d’enrichir le palmarès des plus anciens temples religieux extra-indiens du Kerala.

L'île de Kochi flottante sur les eaux n'est qu'une parmi des dizaines de morceau de terre qui sortent du lagon ouvert sur la mer d'Arabie.
L’île de Kochi n’est qu’une parmi des dizaines d’îlots qui sortent du lagon ouvert sur la mer d’Arabie.
La cathédrale-basilique Sainte-Croix (Santa Cruz) est le plus grand édifice religieux de Kochi, cette église portugaise de 1505 devient cathédrale en 1558.
La cathédrale-basilique Sainte-Croix (Santa Cruz) est le plus grand édifice religieux de Kochi. Cette église portugaise construite en 1505 devint cathédrale en 1558.

Kochi est une paisible bourgade où la vie s’écoule doucement au fil des canaux et dans l’ombre de la végétation exotique. C’est un lieu propice au tourisme où l’on ne se sent pas envahi par les “professionnels” et où l’on est toujours à l’abri du trafic très intense du reste de l’agglomération avec le continent. Si l’on décide de loger à Ernakulam, sur la terre ferme, un service de bateau reliant différentes îles et ilots de la lagune est proposé à des prix modiques au départ de Ernakulam Boat Jetty ( toutes les 30 minutes environ). Quoiqu’un peu endormie, Kochi est une ville pleine de charmes. Les vieilles demeures et belles maisons marchandes en bois y côtoient des baraques de fortunes colorées; les ruelles sont pleines de chèvres et de chats et ses marchés aussi tranquilles que ses ports. On peut facilement couvrir la pointe de l’île à pied ou en tuktuk en toute sécurité. Désertée par la riche classe marchande de toutes religions (jaïns, gudjars, juifs, parsis) elle est majoritairement peuplé par les chrétiens et les musulmans de classes modestes. Toute les édifices importants des communautés qui se partagèrent la ville jadis s’y trouvent et à condition bien sûr de respecter les règles édictées, on peut tous les visiter.

Le temple jaïn et l’église orthodoxe syriaque sont très intéressants ainsi que la synagogue. Le temps semble s’être arrêté à Fort Cochi. Les quatre ruelles principales du Fort Cochi: Princess street, Rose street, Bastian street et la Church road, sont très coloniales mais charmantes (quelques belles librairies spécialisées dans la littérature sur tout sujet de la culture indienne s’y trouvent). Plus bas, dans le quartier de Mattanacherry, ce sont de Cheralai et Gujerati roads que l’on peut observer la vie locale.  Jew Town, le quartier juif, à un jet de pierre centralise surtout les antiquaires et les boutiques de souvenirs. Mahatma Ghandi beach, la plage aux pêcheurs, longée par River road est un lieu de promenade tant que pour les touristes que pour les locaux et on peut également s’y restaurer. N’hésitez pas à visiter la magnifique Koder house !

Le Fort Cochin est l’une des paisibles parties de l’île de Kochi qui compte plusieurs quartiers charmants et pittoresques.
Le temple de la communauté jaïne peut se visiter en matinée. Certes il est très petit mais les bénévoles vous éclairent avec plaisir sur cette religion méconnue pourtant plus ancienne que le bouddhisme ou les trois majeurs courants actuels de l’hindouisme.

Après trois jours à Ernakulam et Kochi où nous avons profité de l’hospitalité des habitants, tous les temples étant accessibles aux non-hindous, nous poursuivons notre route vers les Ghâts Occidentaux.

Le taxi vers Munnar, la station de haute-montagne, camp de base idéal pour rayonner dans cette région magnifique, avait été négocié 3200 INR, l’aller simple, ce qui n’est pas beaucoup pour une voiture avec chauffeur privé (A/C et sourire compris). La distance n’est que de 130 km mais quatre heures et demi sont nécessaires pour la parcourir. Le Kerala est un peu plus cher comparé aux autres états indiens, mais la qualité de vie de ses habitants y est supérieure au reste du pays, notamment dans les domaines de la santé publique et de l’éducation. Il faut compter 10€ pour un repas au restaurant pour deux personnes, le double dans un établissement de standing ou dans un hôtel. Les entrées des parc nationaux et l’accès aux monuments historiques et les musées sont aussi plus chers, mais sans comparaison avec les sommes exorbitantes imposées aux touristes dans les sites classées du Nord. L’utilisation de l’appareil photo et du caméscope est partout, y compris même dans certains parcs et jardins, payante, voir interdite, mais ce n’est pas le cas heureusement, des magnifiques chutes d’eau que nous visitons sur la splendide route de Munnar.
Il a été d’ailleurs assez difficile de trouver un hôtel dans la ville même, car la plupart des établissements misent sur la retraite et la zénitude et de fait se trouvent éloignés de quelques kilomètres de la bourgade. Dans un terrain aussi dénivelé, cela peut s’avérer comme un véritable problème si l’on n’a pas à sa disposition un chauffeur.  Nous avons logé chez l’habitant dans les hauteurs du centre ville, mais ne recommandons pas cet endroit,en dépit de la gentillesse du propriétaire et ses employés. Nous avons visité les environs en tuk-tuk (négocié à à 1200 INR pour deux demi-journées de visite). Les plantations de thé qui recouvrent les montagnes ont un effet magique sur nous. Nous les avons vues depuis la voiture et elles nous ont enchantées. Dés la pose de nos bagages, nous partons pour une longue promenade. Après avoir fait un tour dans le jardin botanique à 2 km du centre ville (plus bas), nous longeons la route principale qui traverse la forêt de bambous, d’eucalyptus et qui offre en contrebas quelques points de vue. Mais soudain, les nuages arrivent. C’est le brouillard qui s’abat sur la montagne tous les jours à cause de l’humidité des plaines précisément à 16h30 et rend l’accès à la ville dangereux à partir de cet instant. Munnar semble flotter au dessus et continue son activité mais il faut tenir compte de ce phénomène lorsqu’on arrive ou qu’on quitte l’endroit.

Les Ghâts Occidentaux forment un barrage naturel contre l'Océan Indien, grâce à cette chaîne de montagne, le Kerala compte parmi les endroits à la plus haute pluviométrie du monde.
Les Ghâts Occidentaux forment un barrage naturel contre les nuages venus depuis l’Océan Indien. Du fait de cette chaîne de montagnes, le Kerala compte parmi les endroits à la plus haute pluviométrie du monde.
Munnar est une petite bourgade sise dans la montagne, touristique mais surtout au niveaux local. L’air y est pur et on y vient pour se détendre le weekend depuis les villes de la côte hectique et surpeuplée. Un point de départ idéal pour la découverte des Montagnes Bleues.

Bien que Munnar compte quelques bazars bien alimentés et constitue la dernière ville du Kerala sur la route de Tamil Nadu,  il est assez difficile de s’y restaurer. Les hôtels ont des cuisines et le presque seul restaurant de la ville se trouve sur la route de la montée non loin de la station des autocars. Il s’agit du très simple et très local Surya Soma qui propose des plats locaux végétariens et non-végétariens, parfois accompagnés du couvert. Malgré cela, Munnar reste une ville pleine de charme. Les réveils y sont bleus et les couchers du soleils roses. Nous sentons son génie bienveillant entourer les plantations de thé. Installée ici par les anglais, la culture de cette plante arrachée à la Chine et sa production sont à l’origine de la bourgade. On peut d’ailleurs visiter le site historique de l’usine à la sortie de la ville qui appartient à une société devenue depuis une coopérative avec une politique de commerce équitable et engagée dans le développement durable. Auparavant, il n’y avait dans les montagnes de Munnar, rien d’autre que des forêts et des steppes peuplés des tribus animistes. Avec les britanniques et l’arrivée du thé, des manœuvres venus de Tamil Nadu sont arrivés pour travailler l’immense territoire de la plantation. Car il s’agît d’un des plus vastes jardins de thé qui regroupe en réalité sept jardins distincts de l’Inde et le cru que l’on y cultive sous la marque “Kannan Devan Hills Plantation Company (KDHP)” est un fort nilgiri d’assez bonne qualité. On y produit aussi du thé vert original, une première dans le sous-continent ! Les propriétés historiques comptant parmi les plus élevées, se trouvent sur ce que l’on appelle ici Le Sommet (Top Station), à une heure de route de Munnar. La vue sur les montagnes et la plaine de Madurai au Tamil Nadu depuis la route qui y mène, est impressionnante : un véritable spectacle de la nature qui change dans l’air pur sous les effets de la lumière. Nous sortons nos appareils photos et n’arrêtons pas! On peut marcher librement dans les plantations et profiter de la vue splendide avant de s’arrêter sur les points d’intérêts qui longent la route de Munnar et apercevoir par exemple des essaims d’abeilles sauvages, le point de l’écho sur le lac Kundala, le barrage Mattupatti ou si l’on est assez chanceux, des éléphants sauvages !Le Kerala nous rend bien l’amour que l’on lui porte et nous en voyons trois, au loin, paître les herbes juteuses dans un vallon.
L’autre route touristique mène vers les deux aires de biodiversité protégées : le sanctuaire de Chinnar à la frontière tamile et le parc national Eravikulam, plus proche de la ville. Eravikulam, classé par l’UNESCO, s’étend sur une petite centaine de km² aux alentours de la plus haute montagne des Ghâts Occidentaux (plus haut sommet d’Inde au sud des Himalaya). Il est nécessaire de s’y rendre assez tôt le matin, idéalement vers 8h, car le seul moyen pour rejoindre le chemin sur la montagne depuis les portes du parc est l’autocar dûment autorisé. La queue pour monter à bord des bus est souvent longue dans les deux directions et cela vaut bien la peine de se lever tôt. Depuis les flancs du Mont Anamudi, les vues sont à couper le souffle. La nature est préservée. A noter une rare floraison qui a lieu toutes les 12 ans  – celle des kurinji (Strobilanthes kunthianus) ! Il s’agît d’une petite fleur qui recouvre la montagne et la colore de rose.  La prochaine est prévue pour 2030 !

Vue depuis la Top Station sur les sommets des Montagnes Bleues. Les Ghâts occidentaux forment avec les Ghâts de la Côte de Coromandel en leur centre le fameux plateau du Deccan. Elles empêchent les nuages d’y arriver et le rendent sec.
Le Parc National de Eravikulam est la demeure d’une seine population de Thar des Nilgiri. Cette chèvre sauvage est une espèce de bouquetin endémique de la partie sud des Ghâts Occidentaux.

Pour notre troisième nuit dans les Montagnes bleues, nous décidons de quitter Munnar et nous nous installons dans une des petites localités à l’extérieur de la ville. Le Moselberg Riverside Cottages est un endroit éco-responsable niché discrètement au fond d’une vallée creusée par la rivière que nous entendons depuis le balcon de notre petit chalet. Ici que de la montagne : les Montagnes Bleues au nord et plus au sud, les Monts Cardamones, plus au sud, seul endroit au monde, où l’arbre à épice vit à l’état sauvage. Les chalets n’ont rien de  luxueux, mais l’espace est idéal pour la méditation et le repos – la véritable plongée dans le monde vert de la montagne, une jolie étape afin de s’imprégner davantage de la vie toute proche de la nature et avant le retour dans les plaines humides de la côte. Le cacaotier, le poivrier, le caféier y sont présents tout comme les bananiers, les papayes et quelques arbustes de thé à moitié dévorés par la jungle, avec pour compagnie les seuls oiseaux, grenouilles et papillons. Après une nuit dans cet havre de paix, nous reprenons la route vers Kottayam en taxi (3000 INR pour l’aller simple). Notre chauffeur, serviable et catholique, Ruben, accepte de faire une halte à l’ancienne église de Palai ou Pala. Ce temple syriaque de Mar Thomas installée sur les bords de la rivière Meenachil est vieux de 1000 ans, même si sa forme actuelle lui a été donné au XVIIIe siècle sous l’inspiration du baroque portugais. Son magnifique autel attire de nombreux touristes et l’originalité de son ancienne décoration surprend car très indienne. L’état le plus christianisé de toute l’Inde est le pays d’adoption des syriaques depuis plus d’un millénaire. Près de 20 % de ses 33 millions d’habitants disent croire en Jésus Christ.  Les syriaques sont le groupe le plus enraciné de toute les églises chrétiennes, très présentes au Kerala. C’est donc aussi pour cette raison, que nous avons choisi de séjourner dans une ancienne demeure des propriétaires terriens syriaques à Kottayam. Il s’agit de la maison Kurien. Sur les bords du Meenachil à l’extérieur de Kottayam, la ville la plus lettrée de l’Inde – le taux d’alphabétisation y est de 100% – la maison porte les stigmates d’une histoire ancienne, mais désormais révolue.  Les chambres de cette grande maison de famille (qui abritait auparavant plus de 60 personnes alors qu’aujourd’hui seule une femme y demeure à présent) sont spacieuses. En cette saison (début novembre) nous sommes les seuls résidents. En sortant de la demeure splendide des Kurien il faut traverser le fleuve pour se rendre au centre-ville. Ici, on se rend au bureau, à l’église, à l’école ou au centre commercial dernier-cri en pirogue! C’est surprenant, mais on s’y habitue vite. Dans l’après-midi ou dans la soirée, les soins ayurvédiques sont proposés à l’intérieur dans un petit hôpital aménagé dans une des ailes de la maison. Tout est fait pour que nous nous sentions bien dans cette demeure. Notre hôtesse, Mrs. Kurien, est une experte du thé à la citronnelle et des currys syriaques. Sa spécialité est le curry de bœuf au lait de coco! Eh oui au Kerala il est très courant de manger de la viande bovine, une exception dans l’Inde hindouiste. “Au Kerala, nous sommes libres car nous sommes éduqués, pas de place pour l’extrémisme ici!” dit Mrs. Kurien. Effectivement, les anciennes églises dédiées à la vierge Marie, la mosquée à l’aspect d’un temple bouddhique décoré de fleurs de lotus et un temple hindou occupent la même colline pas loin de sa maison. Nous sommes bienvenus dans tous les lieux sacrés et on s’y sent bien. “Voici le miracle du Kerala !” affirme la vieille dame.

Kerala est un pays relativement tranquille, à l’écart des problèmes, tensions et troubles majeurs qui secouent les grands états du Nord de l’Inde. Le traditionnel et le moderne s’y mêlent avec harmonie.
La spécificité des temples du Kerala réside dans l’ouverture en grande majorité aux non-hindous, sous seule condition de ne pas y vénérer ou prier d’autres dieux que ceux auxquels le temple est dédié ! Avec pour les hommes une règle supplémentaire : l’obligation de découvrir son torse en pénétrant le sanctuaire.

Nous avons décidé dès le début de ne pas trop nous attarder dans les “villes d’eau”, qui se ressemblent tant. Kottayam nous a offert un bel aperçu des canaux sinueux aux bords desquels se déroule lentement la vie du pays; les vaches et lse buffles qui pâturent sur les rives, la vie de la nombreuse faune, la population démunie qui en tire un peu de profit. Les stimuli visuels, au bord de l’eau où le monde vert se miroite, sont de toute beauté. Un séjour au bord d’un lac s’imposait pour parfaire l’expérience aquatique aussi avons-nous décidé de privilégier Kollam ou Quillon au détriment de Allaphuza (Allepey) sans doute plus connu et plus aimé des touristes. Kollam se trouve à une heure de train de Kottayam. Nous tentons l’expérience et c’est une agréable surprise, une fois de plus : les trains sont bien moins bondés que dans le reste du pays et d’une propreté remarquable. Nous plongeons dans le paysage monotone qui se déroule derrière les fenêtres du wagon, un vert vif sous un ciel gris, alourdie par les pluies.
Kollam sur le lac Ashtamudi ( de 60 km2) est très  connue des anciens Grecs et Romains, Ibn Battuta et même Marco Polo s’y est rendu. Ce port d’une importance vitale pour le pays dans le passé était aussi celui où commerçaient les marchands venus de Chine. C’ est aussi l’un des moins pollué de toute l’Inde. Aujourd’hui, il reste très peu de cette splendeur d’antan : un fort en ruine, un phare que l’on peut visiter pieds nus, une résidence britannique que l’on ne visite pas. Son marché aux légumes et fruits est abondant et coloré au moins autant que son marché au poissons ! Hormis es tours en bateau traditionnel sur le lac, la ville a très peu à offrir aux touristes. Le voyageur, en revanche, y trouve tout dont il peut se nourrir et en abondance. La vie y est restée traditionnelle et se montre active dans le centre ville mais aussi sur le lac.

Les plaines du Kerala sont parsemées des voies d’eau. Les grands lacs et les canaux aussi appelés” Backwaters” constituent l’une des principales attractions touristiques. On peut faire un courte balade en pirogue ou séjourner quelques jours sur un bateau de luxe tout en naviguant sur leurs eaux troubles.
La vie au fil de l’eau – voici le terme qui résume le mieux l’expérience qui s’offre aux voyageurs dans la région des basses terres entre Trissur et Kollam.

Thiruvanantapuram ou plus simplement Trivandrum est la capitale de l’état, une ville d’un million d’habitants et d’une taille assez modeste en comparaison avec les autres capitales de l’Inde. Son histoire est aussi riche qu’ancienne. La légende dit que les bateaux du Roi Salomon sont venus chercher l’ivoire, les épices et les essences précieuses dans son port vieux de 3000 ans. Avant que la ville ne devienne la capitale des maharajas du Travancore, elle connut l’expansion grâce au commerce avec le reste de l’Asie. Il s’agit d’une métropole sud-indienne plus que d’une ville typiquement keralaise. En témoigne son principal temple bâti dans le style pyramidal des grandes chefs-d’œuvre de l’architecture tamile. Padmanabhaswamy Temple est l’un des plus importants mais aussi des plus riches édifices religieux du pays. Son architecture est tout à fait surprenante. A l’intérieur, un véritable trésor a été découvert récemment, gardé et protégé par les prêtres du temple depuis les centaines d’années : d’énormes quantités d’objets en or d’une valeur inestimable.  Le sanctuaire abrite l’idole de Vishnou sous sa forme endormie sur un serpent et attire des milliers de fidèles chaque jour. C’est aussi, malheureusement, l’un des rares temples où nous sentons que notre présence dérange. Il n’est pas formellement interdit au visiteur d’y pénétrer mais l’accueil n’est pas aussi chaleureux dans ce kovil que dans les temples en bois keralais. Aussi nous restons devant le temple et nous n’y rentrerons :. admirer cette imposante tour de 7 étages surplombant tout le quartier royal du haut de ses 30 mètres est déjà assez vertigineux !

Trivandrum, la capitale de l’état, est une grande ville très peuplée et active. La différence avec les métropoles du Nord de l’Inde y est cependant saisissante elle est plus propre et son trafic est géré de manière efficace par la municipalité.
Le grand gopura qui se miroite dans le bassin sacré. Il s’agit du seul grand temple de type tamil dans l’état du Kerala. A l’intérieur se trouve une idole de Vishnou vénérée et un trésor d’une grande valeur historique.

A côté des anciens quartiers historiques qui composent le quartier hindou relativement clos, autour du kovil, la ville anglaise, verte et bien planifiée, se situe au nord avec un grand parc aménagé contenant un zoo et plusieurs petits musées dont le Napier, qui abrite une belle collection d’art, aussi riche que celle de palais Tripunithura aux environs de Ernakulam. Les quelques autres temples de la ville sont moins beaux et moins importants que celui de Etumanoor dédié à Shiva, visité à Kottayam. Par contre pas de chance, suite à une grève générale, tous les commerces de la ville étaient fermés, pendant deux jours, au moment de notre séjour. Nous nous laissons séduire par une invitation au vernissage d’un artiste récemment décédé à l’école des beaux arts dans les bâtiments victoriens et nous nous offrons un moment de détende à la piscine sur le toit de l’hôtel Apollo Dimora où nous avons décidé de séjourner. Le soir, les spécialités culinaires du Pundjab et du Rajasthan nous séduisent lors d’un festival qui présente les cultures du nord-ouest indien, leur goût très relevé, totalement différent des currys parfumés délicatement du Kerala. A noter que même dans une ville bastion de l’hindouisme, le bœuf est au menu dans le restaurant non-végétarien. Les centres commerciaux strictement hindous aux alentours ( à moitié ouverts lors de la grève) sont les seuls a proposer une pauvre sélection du savoir faire des artisans indiens. Le Kerala, destination touristique au développement le plus rapide de la planète a encore du chemin à parcourir avant de satisfaire pleinement les visiteurs étrangers. Et c’est tant mieux car il faut profiter de ce temps, qui laisse encore un peu d’espace à l’imperfection et à l’authenticité. Dans combien de villes du monde est-il encore possible de se rendre à l’aéroport en tuk-tuk voir même à pieds ? Combien  ? A Thiruvanantapuram, cela est encore possible !

MICHEL et MICHAL