Quand l’Inde inspire la musique savante

Je viens vers vous cette semaine avec un petit top 10+ voir ++ pour découvrir comment l’Inde inspira au fil des siècles la musique savante en Occident. Les thèmes, les mélodies, la couleur, l’inspiration indienne semble hanter les esprit de nos compositeurs majeurs de l’époque baroque au jazz. De Händel à Holst en passant par Minkus, Roussel et Scott, voici notre liste des œuvres que l’Inde ait inspirée; à chercher sur internet, dans les applications de musique ou sur YouTube.

Les Grottes d’Ellora non loin d’Aurangabad dans l’état du Maharashtra.

Les Quatre Poèmes Hindous

Cette œuvre de la musique moderniste du compositeur français Maurice Delage pour voix soprano et ensemble à deux flûtes, hautbois, deux clarinettes, harpe et quatuor à cordes date de 1912. C’est lors d’un voyage dans les Indes britanniques que l’élève et ami de Ravel s’inspire pour proposer lors d’un concert en 1914 ses quatre mélodies à la française. Leur noms évoquent quatre villes indiennes: Madras, Lahore, Bénarès et Jaipur.
Pour les textes, M Delage tire l’inspiration de deux quatrains amoureux anciens de Bhartrihari pour Madras et Jaipur, du poème Un Sapin par le romantique allemand Heinrich Heine pour Lahore et d’un récit anonyme sur la naissance de Buddha pour Bénarès. Ce petit cycle évoquant l’orient fait partie intégrante d’un répertoire de chant chez les cantatrices soprani.

Le Roi de Lahore

Ce grand opéra en cinq actes par Jules Massenet de 1877 avec sa musique fabuleuse offre une fresque historique dont propos de déroule au XIe siècle à, comme son titre l’indique, Lahore. Les Musulmans, désormais maîtres du Punjab et les Hindous, devenus sujets des souverains étrangers avec les tensions entre les deux religions font décor d’un véritable drame amoureux entre le prince mahométan Alim et Sita, une prêtresse brahmane. Pourvu de beaux airs et d’une musique riche en couleur, cet opéra n’est de nos jours plus joué du tout et il reste très mal connu. Mais il y a des enregistrements ( fort heureusement! ) notamment celui avec divine Joan Sutherland dans le rôle principal, que l’on peut entendre soupirer son: “De moi je veux bannir, ton triste souvenir, oh trop cruelle nuit!”. Le bonheur des orientalistes!

La Bayadère

Le nom du compositeur autrichien Léon Minkus n’est peut-être pas très connu, mais les productions de son œuvre maîtresse: La Bayadère font régulièrement bonheur des fans du ballet. Ce grand spectacle en trois actes fut présenté pour la première fois à Saint-Pétersbourg en 1877. Pour ce qui est de chorégraphie, c’est bien-sûr celle de Marius Petitpas. Cette merveilleuse romance orientale était aussi restée longtemps confinée en Russie et ce n’est qu’avec la chute du bloc soviétique que les théâtres occidentaux découvrirent les amours et les désamours à la court du Grand Rajah de Golconde où Nikiya, la Bayadère, aime un valeureux guerrier Solor, contraint d’épouser la fille du roi. Les amours finissent tous dissipé comme la fumé de l’opium.

Le Nuage Messager ( The Cloud Messenger) Le compositeur Britannique Gustav Holst s’inspire pour son “Nuage Messager” du poème de Kalidas: Meghaduta. Composé entre 1903-1910 il s’agit de la plus grande des pièce pour orchestre et chœur écrite dans la période indienne de Holst à qui on connait surtout magnifique opéra en un acte: Savitri. Dans ce poème symphonique, le nuage envoyé par le Roi en exile à son épouse restée au Mont Kailash raconte le périple à travers le ciel de l’Inde. Comme dans le texte du poète antique, le nuage dépeint toutes les merveilles qu’il voit sur la terre indienne et en fait éloge. Une expérience pleine et savoureuse.

Lakmé

Le célèbre Duo des Fleurs ou bien encore le magistral Air des Clochettes sont tous deux considérés comme les sommets de l’écriture pour voix. Ces deux airs sont tirés de l’opéra Lakmé (1883) de Léo Délibes. Son livret inspiré par le roman Rarahu ou le Mariage de Loti est on ne peut plus orientaliste. Dommage, que malgré sa musique qui fait partie du répertoire non seulement français mais international ( grâce à ses harmonies et la virtuosité de l’écriture ) il n’est cependant pas mis en scène plus souvent. L’exotisme de son argument jugé colonialiste et dépassé par certains garantit, pourtant, l’immense succès de cet opéra à l’époque de sa création.

Évocations, opus 15

Cette pièce pour orchestre et chœur avec trois voix solistes de 1911 est l’œuvre du compositeur Albert Roussel. Il s’agit d’un vaste poème symphonique en trois parties: Les Dieux dans l’Ombre des Cavernes, La Ville Rose et Aux Bords du Fleuve Sacré. C’est n’est pas l’Inde rêvée des opéras et des ballets romantiques, mais un souvenir de ce pays que Roussel visita lors de son voyage de noces en 1909. La première partie évoque les atmosphères sombres des temples hindous; La Ville Rose est une vive réminiscence de la fête indienne, peut-être celle de Holi et la troisième partie, la plus vaste, suggère le Gange avec les prières des fidèles et les dits d’un fakir assis sur les berges du fleuve sacré. Une promenade musicale dans les souvenirs d’un artiste de la belle époque.

Porus, le roi des Indes ( Poro, re dell’Indie )

L’Histoire de Porus, le désespéré roi indien qui subit une défaite par Alexandre le Grand lors de sa conquête de la vallée de l’Indus était adaptée en plus de soixante opéras à l’époque baroque. On doit le livret à génial et si productif Métastase. Pour ce qui est de mis en musique, c’est Leonardo Vinci, Antonio Vivaldi mais surtout Händel qui vinrent avec les opéras les plus remarquables. Georg Friedrich Händel composa son opéra séria entre septembre 1730 et janvier 1731 lors de son séjour à Londres où la première fut donnée en février de la même année. La pastorale musique de Händel souligne à la perfection les tourments intérieurs du roi Porus et de son épouse Cléofide et cela surtout dans les célébrissimes airs “Son confusa pastorella“, “Senza procelle“, ou bien dans le magnifique duetto “Caro, Dolce, Amico amplesso.”

Impressions du Livre de la Jungle ( Impressions from the Jungle Book)

Cyril Scott est un autre compositeur qui s’inspire de l’Inde. Cette fois-ci par le biais de la lecture du Livre de la Jungle écrit par le célébrissime auteur anglais Rudyard Kipling. Son cycle pour piano de 1912 est composé de cinq petites pièces qui évoquent la lecture et les fantasmes sur l’Inde qu’elle réveille en lecteur: La Jungle, Le Crépuscule, Rikki-Tikki-Tavi et le serpent ainsi que La Chanson du Matin de la Jungle et la cinquième: Danse des éléphants, sont tous des joyaux de la littérature pour piano, qu’on peut classer à côté des meilleurs moments de Debussy et de Ravel. Elles sont à déguster sans modération.

Turiya & Ramakrishna

Une composition éblouissante de la plume d’Alice Coltrane, qui arpente en 1970 le clavier de son piano avec une efficacité redoutable. Passionnée par le gourou indien Swami Satchidananda dont elle suit l’enseignement à l’époque de la composition de cette pièce, Alice Coltrane adopte le nom de Turiyasangitananda après la mort de son mari et rejoint un ashram en Californie. Ainsi, elle s’extrait de l’immensité du personnage de John Coltrane qui a longtemps fait l’ombre au talent indiscutable de cette musicienne virtuose. Sa pièce presque archaïques peut se lire comme le l’aspiration à l’harmonie entre deux êtres mais aussi comme le combat au sein de cette harmonie pour la souveraineté de chacun des parties. Une autre composition: Journey in Satchidananda est à découvrir également.

Chant Indou

Datant de 1898, cette mélodie pour la voix et piano de la jeunesse du compositeur Georges Enescu sur les vers de poétesse oubliée Géraldine Rolland est une petite perle. On l’entend malheureusement très peu en concert. Et c’est un grand dommage, car cette petite mélodie à la française est tout juste sublime. Elle partage le nom avec une autre mélodie beaucoup plus connue: celle de Hermann Bemberg, cependant plus dramatique et plus sombre. La composition de Bemberg sur le texte d’Armand Ocampo a d’ailleurs pour sous-titre le mot: Désespérance. Le contraste de deux mélodies est saisissant, à déguster ensemble, peut être avec un zeste de la Chanson Hindoue de Rimsky-Korsakov tiré de son opéra Sadko.

Michal

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