Suzhou ou le classicisme chinois

Un matin sous le ciel chargé de nuages, nous sortîmes du train à la découverte de Suzhou. Située à une vingtaine de minutes en speed train de la gare de Hongqiao de Shanghai, elle constituait une étape importante de notre périple en Chine. C’est un livre sur les jardins classiques chinois qui m’a inspiré cette halte de trois jours sur la route de Shanghai à Xi’an. Je voulais voir à quoi cela pouvait ressembler – ce jardin classique dont j’ai tant lu dans les vieux romans chinois. Les photos m’intriguaient mais ne donnaient pas une véritable idée de comment un tel jardin était construit et surtout quelle atmosphère pouvait y régner.  Je voulais aussi partager cette expérience de la Chine pittoresque qui se fait de plus en plus rare avec ma mère. L’hôtel Sun Plaza était idéalement situé pour la découverte de la vielle ville qui ressemble à un véritable labyrinthe. On était en novembre. La grisaille ne nous ravissait pas, mais on allait découvrir que l’automne va aux jardins chinois à ravir. Les canaux et les maisons – survivantes des temps révolus, donnent à cette ville en charme typique. Pour Marco Polo et les voyageurs d’autre fois Suzhou était une Venise Jaune, pour nous, cette ville au bord du lac Tai restera pour toujours l’une des villes historiques les plus belles de Chine. Avec tout ce potentiel, on comprend que Suzhou est une destination très touristique. Elle se visite principalement en excursion d’une journée depuis Shanghai ou Nankin et ce sont avant tout les touristes chinois qui viennent découvrir son riche patrimoine. Ses jardins, classés à l’UNESCO en deux vagues en 1997 (quatre jardins) et en 2000 (cinq jardins) sont bien entendu dans le collimateur des touristes. Le jardin chinois est une synthèse des arts qui se manifestent dans élaboration d’un endroit unique et singulier. Il se doit posséder des qualités qui ensemble constituent une harmonie et donnent l’impression du naturel tout un évoquant la beauté la plus exquise. En trois jours, nous en avons visité sept au total, mais la région en compte plusieurs dizaines. Voici les cinq plus charmants:

Compagnie des voyageurs: Suzhou
Oü Yuan est un jardin inspiration classique bâti dans un quartier au charme désuet. Les canaux et les ponts sont aussi beaux que les pavillons rouges offrant l’intimité. C’est l’un des moins touristiques de la ville.  

Oü Yuan ou Jardin de la Retraite du couple d’amoureux

Ce jardin se trouve à l’extrémité est de la vielle ville de Suzhou, dans un vieux quartier qui échappe à la modernisation. Situé à l’emplacement de deux jardins plus anciens, sa composition en deux parties reçut la forme actuelle en 1874 grâce au gouverneur qui l’acquit à cette époque là. Comparé aux autres jardins plus célèbres de Suzhou, peu de touristes le visitent. Il faut s’aventurer dans une petite ruelle bordée d’eau pour y accéder. Les canaux qui l’entourent sont parmi les plus pittoresques de toute la citè. L’intérieur du jardin, quand on franchi l’enceinte qui l’entoure, verdoyant avec plusieurs bassin et rocailles s’offre comme un havre de paix compte les petites grottes, les corridors en bois et la curieuse tour taoïste, ceci donne un aspect surprenant à cet espace silencieux et discret. Le jardin n’est pas grand comparé aux autres jardins classiques, mais son charme en fait rival des jardins plus importants du centre-ville. Dans sa composition, il imite aussi les paysages chinois dans une moindre mesure que les autres, ce qui en fait un jardin plus intimiste. Une toute petite bambouseraie et un minuscule verger en font partie – pour diversifier les images qu’il inspire.

++ Situé, à l’écart des routes touristiques conventionnelles, cet endroit jouit d’un cadre paisible, mais il est facilement accessible, car proche du Zoo de la ville.

Compagnie des voyageurs: Suzhou

Shi-Zi-Lin Yuan est l’un des derniers jardins rocailleux de Suzhou. Cette merveille aux rochers de formes étranges et énigmatiques est visité par des centaines de touristes tous les jours. 

Shi-Zi-Lin Yuan ou Jardin de la Fôret de bambous aux Lions

L’Histoire de ce magnifique jardin commence au XIVe siècle quand il fut acheté par les étudiants du maître Zhongfeng et devenu propriété d’un monastère bouddhique. Il y avait sur son emplacement une forêt de bambou et aussi dizaines des rochers aux formes étranges. Certaines de ses pierres, devenues si typiques pour les jardins chinois, rappellent par leurs formes les lions. Son nom tient justement de cet étrange phénomène; en effet, les formes en têtes de lions avec leur crinière et leur gueules rugissantes se détachent des rocailles disposées partout dans ce jardin surprenant constitué entre autres de vingt-deux bâtiments, une colline artificielle, d’un petit lac avec pavillons et des ponts en serpentine, une cascade et un célébrissime rocher artificiel. Ce dernier constitue un labyrinthe de plus de 1000 m2 sur trois niveaux. Parcouru par neuf pistes différentes avec 21 grottes, il est amusant de s’y perdre et atteindre son sommet qui représente la grande montagne aux cinq sommets: Tian-mu. Au moment de notre visite, une grande exposition de chrysanthèmes y avait eu lieu avec des compositions aussi magnifiques qu’audacieuses. Bien que très populaire auprès des visiteurs, ce lieu reste l’un de plus beaux jardins de la ville.

+++ La grande Rocaille est une manière amusante d’expérimenter la philosophie chinoise. On a toujours le choix entre plusieurs chemins, mais une seule mauvaise décision suffit pour êtres déroutés.

Compagnie des voyageurs: Suzhou
Zhuôzheng Yuan est le plus grand et le plus célèbre jardin classique de Suzhou et peut-être de toute la Chine. Ses dimensions sont admirables, 5.2 ha et sa composition est plus qu’originale.

Zhuôzheng Yuan ou Jardin de l’Humble Administrateur

En cet après-midi pluvieux, nous avions pu visiter le jardin le plus fabuleux de tout Suzhou ou bien de toute la Chine en une heure de temps, avant sa fermeture. Le Jardin de l’Humble Administrateur était construit en espace de 16 ans par le nonce impérial Wang Xiancheng à partir de 1513. La retraite dans sa ville natale devait prendre forme sous influence du poète An-Ren un talentueux auteur de l’antiquité: “Je joui d’une vie sans souci en plantant les arbres et en bâtissant ma propre demeure. J’arrose mon jardin et fais pousser mes légumes – voici la vie qui convient le mieux à un vieux administrateur retraité tel que moi.” Chaque des trois parties de ce vaste jardin était conçue sous un plan différent autour un réseaux d’eau avec plusieurs ilots, pavillons et surtout ponts qui le survolent. La partie Est évoque la campagne et possède un grand parterre, une chose inhabituelle au sein d’un jardin classique et n’a que très peu de bâtiments. La partie Centre est plus aquatique et au contraire, son aspet doit évoquer la férie de paysages lacustres et maritimes. Les habitations et le pavillons sont plus nombreux dans la partie Ouest, ils flottent sur l’eau et cachent les rocailles. Le Hall des Canards Mandarins en est l’un des plus spectaculaires. On dit que l’auteur Cao Xuequin, s’inspira de ce jardin et le dépeint dans le plus grand roman de la littérature chinoise: Rêve dans le Pavillon Rouge.

+ La diversité de ce jardin beaucoup trop grand pour être parcouru en une demi-journée est époustouflante. Il compte aussi 21 arbres historiques et remarquables.

Ke Yuan face au Cang Lang Ting. Ces deux jardins sont aussi originaux que paisibles. 

Cang Lang Ting ou Pavillon de la Vague qui Surgi et le Ke Yuan.

Le Pavillon de la Vague qui Surgit bien visible au-dessus du canal depuis la rue est une construction très ancienne. Elle date de la Dynastie Song, ce qui en fait, ainsi que du jardin adjacent, le plus ancien site parmi tous les jardins classiques de Suzhou inscrit à UNESCO. Le jardin a cependant reçu sa forme actuelle au XIXe siècle. Ses innombrables pavillons au mobilier riche témoignent d’un certain goût déjà occidentalisé des Chinois de cette époque même si on y trouve toujours les vases de grande valeur et les calligraphies des artistes de renommée. Les essences rares y sont exposées dans les recoins comme des œuvres d’art et les bananiers brillent avec leur fleures étranges. Une tour d’observation permet de contempler une forêt de bambou qui cache des rochers curieux. Le bassin en forme de puits est entouré d’un corridor théâtral et ceci compte pour le clou du spectacle! Juste en face, quand on traverse la rue, un autre petit jardin se tient insoupçonné derrière un long mur blanc: le Ke Yuan ou “le Jardin digne de visite” – on ne peut plus différent du jardin voisin. Organisé autour d’un bassin central, ses pavillons bas sont typiquement chinois. Ce petit bijou (en photo) a ouvert ses portes aux touristes pour la première fois en 2015.

+++ Un billet jumelé pour la visite de ses deux jardins voisins qui donnent à eux seuls l’aperçu de la richesse d’expression de l’art du jardin traditionnel chinois.

Jardin du Maître des Filets est une pur merveille, un immense jardin aux proportions humbles se visite comme une véritable ouvre d’art.

Wangshi Yuan ou Jardin du Maître des Fillets

 La beauté de l’ensemble est un trait primordial d’un jardin classique chinois, mais plus importante encore et l’harmonie. Pour qu’un jardin chinois soit désigné exceptionnel, les éléments comme la profondeur, le contraste, le panorama emprunté à la nature à l’échelle réduite où encore fort caractère individuel réussissent à l’excellente construction. L’exquis Jardin du Maître des Filets les possède tous. Bâti au XIIe siècle par un ministre de la dynastie Song pour évoquer une férie des pécheurs du lac voisin, il fut remis au goût du jour cinq siècles plus tard. Sur plus de 5000 m2, le jardin se développe autour un bassin central grâce à un réseaux de bâtiments et de cours divisibles en trois parties comme dans le Jardin de l’Humble Administrateur. Le Jardin du Maître des Filets n’a cependant que 1/10 de la superficie de l’autre jardin si célèbre. Pensé selon des principes de la perceptive, les plus grands bâtiments se trouvent près de l’eau et les petit pavillons sur les collines artificielles ce qui les fait paraître plus imposants que la réalité. On dit que c’est le plus beaux de tous les jardins classiques de la ville. C’est peut-être justement grâce aux trucs et au savoir faire des bâtisseurs qui arrivent malgré la taille réduite du jardin à impressionner si fortement son visiteur. Même le bassin des Nuages Rosâtres paraît plus grand qu’il n’est en réalité. C’est justement grâce à la petite taille des éléments qui l’entourent, comme par exemple Le Pont de la Sérénité. Celui-ci n’est large que de 30 centimètres. Stupéfiant!

++ Très amusante collection de paysages évoquant les saisons entoure le bassin central avec un pavillon hexagonal, plusieurs ponts et corridors.

MICHAL

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